La réalisation du film, les procès : la parole du réalisateur
L’idée du film a surgi en 2007 après un séjour d’un mois dans cette petite communauté de Parajuru. Ma relation avec ce village remonte à 1996 lors du mariage d’une amie brésilienne très proche qui a pratiquement grandi là-bas, ses parents y possédant une maison de vacances. J’étais témoin à ce mariage et, depuis cette date, je m’y rends régulièrement. Plus de 10 ans après cette rencontre avec le village, mon amie me suggère d’acheter une petite maison mitoyenne à la sienne.
À l’époque, le président de l’association des habitants m’alerte sur la présence « des autrichiens » qui rachètent tous les terrains et qui voudraient s’approprier une réserve naturelle administrée par l’association des habitants pour y pratiquer le kite-surf. Un an plus tard, en août, le tournage se déroule sans problèmes. Je circule et interroge de nombreuses personnes sur ce qui se passe dans le village. Les investisseurs autrichiens ouvrent les portes et répondent à mes questions sans difficulté.
Lors du tournage je m’étais engagé à organiser une projection dans le village de Parajuru. Ce qui fut fait, en avril 2009, en présence des villageois venus en nombre, de quelques touristes, de l’élite locale ainsi que des représentants des investisseurs autrichiens.
Suite à cette projection, la réaction des investisseurs a été de porter plainte au commissariat. Une plainte jugée irrecevable par le commissaire pour absence de motif. Désireux de ne pas en rester là, un notaire a été mandaté par l’association Gisi Wisniewski pour me transmettre une notification m’interdisant de diffuser le film, tout en reconnaissant avoir donné toutes les autorisations de tournage. C’est donc le fond du film qui leur pose problème.
Trois mois plus tard, en juillet 2009, j’apprends par un ami que 8 procès sont intentés contre moi, dont un pour « crime ».
De retour à Parajuru en janvier 2010, je reçois les notifications de ces 8 procès.
Je prends alors un avocat, le procès pour crime étant fixé au 5 mai.
Les faits qui me sont reprochés portent essentiellement sur des propos diffamatoires qui seraient tenu dans le film. Notamment les termes « exploitation du travail esclave » qui ne figurent pourtant pas dans le film. Selon eux, j’aurais tenu ces propos lors d’une interview donnée au cours du festival Mercosul à Florianopolis.
Ces termes sont effectivement reproduits dans un article publié sur le site du festival, mais je ne les ai jamais tenus. Malheureusement, l’interview n’a pas été enregistrée, mais un professeur d’université était présent et va témoigner au procès pour confirmer ma version.
Les procès sont intentés par plusieurs personnes présentes dans le film et liées au projet (Alfred Kurt Slabihoud, le responsable économique du projet, Isaura, épouse de Fred et responsable de l’école et certains élèves qui travaillent à l’hôtel), et également par l’association philanthropique Gisele Wisniewski.
Par exemple, le jardinier de l’hôtel, qui n’apparaît que quelques secondes à l’image, sans s’exprimer, demande des dommages et intérêts de 2000 euros environ. Au total, les dommages et intérêts réclamés sont de 60.000 euros environ. Pour ma part les frais d’avocat, pour l’ensemble des procès, sont de 6000 euros.
D’après les avocats qui suivent le dossier, il n’y a pas à s’inquiéter sur le fond. Il s’agit bel est bien d’une pression exercée pour empêcher à tout prix la diffusion du film. Néanmoins il se peut qu’il y ait connivence entre la justice locale et les investisseurs autrichiens. En effet, tout cela se déroule au Brésil, et plus spécifiquement au Nordeste, et la corruption y est encore très présente. C’est pour cette raison qu’une campagne en France et au Brésil est organisée pour que la presse locale s’en empare, afin d’éviter toute corruption des autorités judiciaires.