Parajuru est un village de pêcheurs situé sur la côte du Nordeste du Brésil. Depuis trois ans, une autrichienne fortunée, Giselle, y investit pour le développement du tourisme : achat de terrains, construction de maisons, hôtel de luxe... Gisi, comme on la nomme là-bas, occupe donc le terrain économique mais également le terrain social.
Elle a construit une école pour les enfants du village, elle organise des cours d’allemand et d’anglais. Certains jeunes effectuent même des stages en Autriche.
Parajuru vit donc de plus en plus à l’heure de l’Autriche et une partie de la population du village s’interroge sur les intentions de cette femme qui achète tout, sans jamais communiquer avec ses habitants.
Chico Mariano, le représentant des pêcheurs, a un point de vue sur la question. S’il n’a rien contre les projets de Gisi, il sait que le développement d’un tourisme non maîtrisé peut détruire peu à peu la cohésion du village. Il sait également que la réserve naturelle, toute proche du village, attise la convoitise de Gisi et d’autres spéculateurs.
Il s’est donné une mission : celle de défendre les intérêts de la communauté.
Ce film dresse un portrait de ce village en pleine mutation, tiraillé entre le désir d’un développement économique et la préservation d’un mode de vie.
Parajuru: d’un monde à l’autre
Au départ, rien d’original. Un endroit paradisiaque sous les tropiques, une grande plage sauvage avec, d’un côté, des habitants vivants de manière traditionnelle de la pêche ou de l'artisanat, et de l’autre un promoteur immobilier, Giselle, œuvrant pour le développement du tourisme.
Un projet dont les conséquences pour le village de Parajuru se font déjà sentir. Le prix des terrains augmente considérablement, de plus en plus d’étrangers (surtout des autrichiens) s’installent dans des villas. Mais cette économie ne profite que très peu à la population du village, et celle-ci s'inquiète des conséquences à long terme de ce tourisme non maîtrisé.
Leurs craintes sont confortées par d’autres exemples, dans la région. Le premier est Canoa Quebrada, ancien village de pêcheurs traditionnels, devenu en quelques années un lieu à la mode. De nombreux hôtels ont été construits, faisant monter les prix de l’immobilier et repoussant les habitants à l’écart. La prostitution s’est développée au même rythme. Et les “Jangadeiros”, pêcheurs traditionnels, promènent désormais les touristes.
Gisi est consciente de cette réalité. C'est pour cette raison qu'elle communique surtout sur les activités sociales, en occultant les aspects les plus gênants. Pourtant, là aussi, des interrogations demeures. Quel est le but réel de cette école où l’on apprend surtout les langues (allemand et anglais) dès l’age de 3 ans ? Une formation d’hôtellerie a été mise en place au sein de l’hôtel que Gisi a racheté. Les élèves ne sont pas rémunérés la première année, et la deuxième année ils ne sont payés que 90 € par mois, alors qu'ils effectuent toutes les tâches dans l’hôtel qui fonctionne grâce à cette main d’œuvre très bon marché. Depuis le début, beaucoup ont quitté les cours car ils n'acceptaient pas ces conditions.
Les projets d’investissement sont nombreux. Gisi vient de construire, en toute illégalité, une école de kite-surf sur la plage, dans une zone pourtant déclarée inconstructible par les autorités. Cette installation est un acte délibéré de privatisation d’un espace protégé. Les conséquences sont importantes pour les pêcheurs traditionnels puisqu’ils ne peuvent plus y pratiquer la pêche au filet. Et ce secteur est devenu trop dangereux pour les baigneurs. L’autre projet en cours est la construction d’un méga-complexe touristique composé de plusieurs bungalows (toujours sur la plage), maisons de luxe avec piscine et une centaine d’appartements.
Gisi n'est pas un personnage facile à approcher et encore moins à questionner et elle n’a pas souhaité s’exprimer dans ce film. Elle rachète tous les terrains et devient peu à peu le seul opérateur économique à Parajuru. Elle ne parle pas portugais et finit par imposer aux habitants la langue allemande s’ils veulent trouver du travail dans le tourisme.
Parajuru est en train de passer dans un autre monde. Le film montre cette transformation. Il dévoile également comment, insidieusement, des techniques d’intégrations sont orchestrées, à travers le mécénat social ou des concepts à la mode, comme le développement durable.
Grâce aux différents visages de Parajuru, le film propose une réflexion sur cette mondialisation en marche, et sur ce tourisme qui, lorsque la parole de la population est confisquée, prend le visage de la colonisation, sous une nouvelle forme.